Valencia, ou la colère d’Eole 5


Notre séjour à Valencia est placé sous le signe du vent… D’abord notre arrivée au port, saluée par un grain (phénomène météorologique survenant soudainement, comportant un vent très fort souvent accompagné d’une pluie torrentielle – ce qui est le cas cette fois-là : je laisse une flaque devant le comptoir de la capitainerie en faisant l’inscription du bateau). Puis au cours des 10 jours que nous passons dans le second port d’Espagne, des épisodes de vents allant jusqu’à 50 nœuds, de manière récurrente.

Et un pare-battage éclaté, un !

La marina Real Juan Carlos primero est composée de 2 darses : une nord, plus proche de la ville, où nous étions, et une sud, plus éloignée, mais plus abritée (dans les deux cas il vaut mieux avoir des vélos, car les premiers commerces sont assez éloignés de la marina). Alors que nous sommes balancés par une houle mutine dans la marina et que Brann passe la nuit à faire des rondes pour retendre les drisses qui tapent, les pendilles et les pointes, repositionner stratégiquement les pare-battages entre notre coque et les bateaux voisins, Olga et Mitxel sont, eux, « comme sur un lac » de l’autre côté de la marina…

Ce couple de basques vivant à bord de leur bateau nous a été présenté via Facebook par l’équipage de Diatomée, JP et Cécile, juste avant notre départ de Cartagena. Nous sommes donc attendus à Valencia : Mitxel nous suit sur l’AIS et nous envoie des messages de conseils sur la marina, une sensation très agréable ! D’autant plus que de notre côté de la marina, il n’y a pas grand monde sur les bateaux, un retour aux marinas fantômes un peu bizarre après la communauté joyeuse de Carthagène.

Nous avons nous-mêmes fait fonctionner ce « réseau des plaisanciers » en jouant les entremetteurs entre Paa et Gorgona, pour que les enfants aient des compagnons de jeu de leur âge, critère important pour leur épanouissement (et le bien-être des adultes). C’est un plaisir d’alimenter ce réseau dans les deux sens, car il correspond bien aux valeurs d’entraide et de rencontres de la grande croisière.

Brann le gondolier 🙂

Revenons à notre arrivée à Valencia. Nous avons pris les pendilles de face, comme à notre habitude (l’annexe sur les bossoirs à l’arrière empêchant de toutes façons de se mettre « cul à quai » comme on dit).

Mais face à l’impraticabilité du ponton très bas (mon bidon bedonnant limite un peu les acrobaties) nous décidons finalement de nous adapter à la mode méditerranéenne et de retourner Lucy.

Avant tout il faut retirer l’annexe des bossoirs et la stocker sur le pont. Brann s’attelle donc à cette première phase : il met Axy à l’eau (les annexes sont souvent estampillées du nom de leur bateau d’appartenance, et l’abréviation utilisée est « Axe » pour annexe, ce qui donne « Axe Lucy » peint sur le caoutchouc. D’où Axy pour les intimes).

Il joue les gondoliers le long de la coque, et nous hissons sans trop de mal notre future piscine pour bébé à l’aide de la drisse de spi.

Nous la retournons face contre pont pour éviter qu’elle ne se remplisse d’eau en cas d’averse (il est encore trop tôt pour la transformer en piscine), et nous la saucissonnons à l’aide d’un bout aux pontets prévus pour.

Nous découvrons qu’elle rentre tout juste entre les deux panneaux de pont de notre cabine (vélux pour les terriens), à condition d’être bien positionnée (nous qui envisagions de remplacer Axy par une plus grande quand son heure serait venue de nous quitter… c’est compromis).

Une fois prêts, nous appelons la capitainerie pour avoir un coup de main de la part d’un marinero, qui attrapera nos pointes et nous passera les pendilles au moment ad-hoc.

C’est parti pour le demi-tour et l’entrée en marche arrière dans la place. Je fais la manœuvre, pas de vent ni de courant, et tout se déroule facilement sans accroche !

Nous confirmons que cette configuration est effectivement beaucoup plus pratique pour monter et descendre, grâce à la large et basse jupe de Lucy.

Comme nous partons passer quelques jours à Marseille avant de recevoir ma mère et Colette, nous rangeons de fond en comble le bateau. C’est en soulevant notre matelas pour stocker des objets dans les coffres sous notre lit, que nous découvrons la catastrophe : notre matelas, acheté il y a 4 mois, est complètement moisi sur une surface de 40×30 cm environ, au milieu… Pourtant nous avions acheté un matelas en latex censé permettre une circulation de l’air optimale, recouvert d’un tissu en bambou, censé être plus résistant aux bactéries et champignons, et nous avions pris soin de mettre un sous-matelas de type Akwamat qui assure une aération par sa structure alvéolée. Et bien sûr nous aérons notre cabine au moins 9 jours sur 10 (tous les jours sauf s’il pleut ou que nous sommes en navigation toute la journée). La déception est grande, d’autant plus que je déteste les moisissures (sauf sur les fromages). Nous nous lançons dans une opération découpage de la toile en putréfaction (elle part en lambeaux) et du retrait de la mousse sous-jacente contaminée, découpons également la zone du sous-matelas moisie, et laissons le matelas sécher à l’envers après l’avoir pulvérisé avec du vinaigre blanc additionné d’huile essentielle de Tea tree et de lavande (je me dis que ça ne peut pas faire de mal, et qu’au moins ça sentira bon). L’activité suivante consiste à écumer les forums et blogs sur ce sujet pour trouver des solutions. Il semble que la meilleure chose à faire soit d’installer sous le matelas un sommier à lattes (qui peut se rouler pour maintenir l’accès aux coffres), de placer en-dessous un sous-matelas type Akwamat, et de faire des trous dans les planches du coffre constituant le « plancher » du lit – ce que Brann s’empresse de faire, car pour le reste il va nous falloir du matériel…

Découpage de matériau « biohazard »

Nous déménageons dans la cabine arrière, que nous occupons pour la première fois, l’occasion de découvrir le confort proposé à nos invités. On n’y est pas mal du tout ! Bon, notre cabine est quand même plus spacieuse, et surtout le lit plus facile d’accès (surtout depuis que Brann m’a installée une poignée spéciale relevage femme enceinte). L’inconvénient majeur de la cabine arrière réside dans le fait que la tête est positionnée du côté par lequel on rentre dans le lit (la partie opposée est un peu plus étroite, il y a un renfoncement qui limite de toutes façons la position assise d’un côté, et il y a deux liseuses installées pour l’utilisation du lit dans cette configuration). Nous notons (sur notre fameuse liste aux 100 points qui dépasse toujours les 100…) qu’il y a peut-être une amélioration à faire ici. Mais que nos futurs invités soient rassurés, la cabine arrière est quand même très confortable !

Le jour du départ pour l’épopée marseillaise sonne (une journée entière de trajet entre taxi, trains et métro – ah qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour éviter de prendre l’avion… merci Julien !). Nous retenons de ce périple que le plan Vigipirate espagnol est un cran au-dessus de la France : il y a une fouille pour accéder au train avec sacs passés aux rayons X comme dans les aéroports, mais pas de portique pour les gens, il faut juste retirer son manteau et son pull, et seules quelques personnes sont passées au détecteur de métaux portable par les agents de sécurité. Par ailleurs, les trains espagnols sont plus confortables que les français, et ils diffusent des films sur des écrans situés au milieu des travées (avec distribution d’écouteurs gratuits, comme dans les avions).

A Marseille nous avons 3 rendez-vous successifs à la maternité : échographie, sage-femme et inscription définitive. Nous arrivons en avance pour avoir le temps de faire un tour dans la maternité que nous voyons pour la première fois… mais nous sommes en fait en retard. La faute est imputable au calendrier de mon téléphone, qui m’a joué un sale tour : quand j’ai rentré les rendez-vous, nous étions au Portugal, avec un décalage d’une heure, et quand nous sommes arrivés en Espagne, le calendrier facétieux a retardé les rendez-vous d’une heure ! Toutes les formalités pré-parentales accomplies, nous passons à la deuxième partie du week-end, dédiée à fêter les 35 ans de Brann avec des amis venus nous rejoindre. Un week-end trop court et vite passé, à rattraper le temps écoulé depuis nos dernières rencontres ; il est déjà l’heure de retrouver en Espagne notre fidèle destrier (nous sommes rassurés sur son état car Mitxel et Olga nous ont promis d’aller vérifier nos amarres si le vent soufflait fort) et nos invitées déjà arrivées.

Visite de Valence en famille

Malheureusement le temps ne se prête pas à une sortie en mer : avec 30 noeuds rafales à 40 annoncés, on sait que ça peut vite monter à 50 voire plus (nos amis de Paa nous diront peu après qu’ils ont eu jusqu’à 60 nœuds en rafales en allant à Cartagena à la même période). Tant pis, nous visitons ensemble Valencia, dont le vieux centre est magnifique, avec sa cathédrale, ses ruelles, ses places, son marché… Puis nous faisons honneur aux spécialités de riz régionales, variations sur le thème classique de la paëlla. Le soleil est au rendez-vous, et nous le regardons se coucher tranquillement installés dans le cockpit confortable de Lucy. Là encore le temps passe trop vite, il est temps de se dire au revoir, prochain rendez-vous à Marseille d’ici deux mois !

Le vent qui nous avait relativement épargnés ces deux derniers jours souffle de plus belle, et nos amarres et pare-battages émettent à nouveau des crissements de souffrance. Nous profitons de cette attente d’une fenêtre météo favorable pour bricoler : étagères pour les plantes, petits sachets renfermant des billes de bois imprégnées d’huiles essentielles pour parfumer le bateau… nous rendons notre maison flottante de plus en plus confortable. Une nouvelle activité vient s’ajouter à la vague DIY qui nous porte : le tricot. Il faut dire que cela correspond à notre nouveau mode de vie : être plus respectueux de la nature, être aussi autonomes que possible, faire plus attention à notre santé. Il faut rajouter à cela l’aspect économique, mais surtout le côté ludique ! Quelques exemples : je fabrique mes crèmes pour le visage et le corps, les produits ménagers, des tawashis… Et je suis donc en train d’apprendre à tricoter grâce à des tutoriels Youtube (de quoi m’occuper pendant les quarts, en alternance avec la lecture quand la mer est calme, et les podcasts quand elle est agitée, et entre mes quarts : sieste). Parce que ce serait quand même sympa de faire des pulls à la Coquillette (enfin, pour débuter, ce sera une couverture) !

Activités à bord : sieste, petits sachets parfumés, tawashi, crèmes en tous genres


A propos de Sarah

Sarah est médecin urgentiste et journaliste scientifique, passionnée de lecture, de voyages, de musique, de thé et de chats. Et maintenant de bateaux !


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