Dimensionner un mouillage pour la grande croisière 12


Pour éviter de retrouver son voilier dans les rochers, mieux vaut ne pas lésiner sur le mouillage …sauf qu’après quelques mois de lectures et de calculs, je me rends compte à quel point j’ignorais tout du sujet avant de me pencher dessus. Cet article est une synthèse volontairement simple. Elle concerne les bateaux de voyage qui passent beaucoup de temps au mouillage et veulent pouvoir essuyer des tempêtes sereinement. Si vous voulez creuser, je vous recommande la lecture des posts suivants (ici et ici). Il y a aussi un bon dossier technique et un tableur Excel de calcul des forces en jeu sur le site d’artimon.

Prenez de la chaîne grade 70 testée individuellement

L’acier grade 70 a une charge de rupture de 70kg/mm² ; c’est 1,75 fois plus que celui utilisé dans les chaînes lambda (grade 40). A ce facteur de 1.75 près, les recommandations des ships sont à peu près raisonnables.

La chaîne grade 70 est à peine plus chère que la grade 40 à résistance égale (la chaîne de 10 grade 70 est plus résistante que la 12 grade 40 !). Elle permet de diminuer le poids à l’avant, d’utiliser un plus petit guindeau, et de stocker plus de chaîne dans une petite baille. A l’œil nu, elle est en tout points identique à de la grade 40, à part parfois un petit 70 incrusté dans l’acier. Depuis cette année (2017), on commence à la trouver assez facilement en France (elle n’est pas au catalogue UShip, mais ils la vendent sur demande).

Il arrive que les chaînes livrées par les constructeurs lambda soient mal soudées et lâchent au premier coup de vent. Il semble aussi qu’il y a quelques années, certains ships peu scrupuleux aient vendu de la chaîne bas de gamme en la faisant passer pour la chaîne des chaîneries Limousine, deux fois plus chère. Bref, exigez un certificat de test individuel de votre chaîne à sa charge de travail.

Ne négligez pas la liaison chaîne-ancre

Une manille donnée pour plus de 10 tonnes de rupture à laquelle on a appliqué une charge de 4 tonnes (!!)

Utilisez impérativement une manille « Haute Résistance » en grade 70.

Si vous voulez utiliser un dispositif ad-hoc comme le Wasi Powerball ou l’Ultra swivel, sachez qu’ils sont dimensionnés pour du grade 40. Par exemple, une chaîne de 10 en grade 70 a une charge de rupture de 11 tonnes, mais la Powerball ayant une résistance similaire ne passe pas dans un maillon de 10 (celle qui passe dans un maillon de 10 casse à 6.4 tonnes « seulement »). Il vous faudra donc prévoir une manille grade 70, qui sera elle suffisamment large pour y faire passer la Powerball. D’autre part, ne prenez pas n’importe quoi, beaucoup de manilles lâchant bien avant la valeur indiquée sur l’emballage (lien en anglais). Les deux produits cités ci dessus semblent être les plus fiables.

Utilisez 100m de chaîne d’un seul tenant

Les maillons à frapper permettant de connecter deux chaînes ont une résistance très faible (1/4 de la résistance d’un maillon normal). Ils sont à proscrire absolument.

En grand voyage, où l’on doit parfois étaler des vents violents par 10m de fond, 80m de chaîne semble un minimum. Et si votre baille à mouillage est assez grande pour stocker 100m, n’hésitez pas.

Oubliez le câblot

Entre les problèmes de solidité de l’épissure chaîne-câblot, et surtout les problèmes de ragage sur le davier en cas de tempête, l’utilisation de câblot est à proscrire. Son faible poids importe peu en grand voyage, et son rôle d’amortisseur peut être remplacé facilement, cf point suivant. Si vous ne pouvez pas faire autrement, une bouée accrochée au niveau de la liaison chaîne-câblot et réglée un peu plus courte que la hauteur dans laquelle vous mouillez permettra d’éviter que le câblot ne rague sur le fond.

Utilisez systématiquement un bout amortisseur de la longueur du pont

Sans câblot, il vous faut impérativement un bout amortisseur. En ce qui nous concerne, nous avons deux paires de bouts (un de chaque côté) : une paire pour le petit temps équipée de mains de fer (<50 kn) et une paire de 3 torons de 22mm pour la tempête, d’une charge de travail comparable à celle de notre chaîne.

Pour un mouillage « normal », on frappe nos mains de fer au niveau du guindeau, on tend les bouts amortisseurs sur nos taquets arrières, puis on lâche 1m de chaîne. Les mains de fer avancent d’une cinquantaine de centimètres, et le guindeau se retrouve libre de toute tension. Nous avons longtemps utilisé nos chariots de génois pour déborder les amortisseurs des haubans, mais nous nous sommes finalement décidés à mettre un anneau de friction à poste dans le rail de fargue de chaque côté, qui nous sert en plus de barber si nécessaire. Ci-dessous une petite vidéo montrant ce qui se passe en cas de grosse rafale (ici, 35 noeuds).

Pour un mouillage « tempête », les choses se compliquent un peu : en cas de très forte tension, la chaîne peut s’étirer de 10% de sa longueur – elle sera bonne à jeter ensuite – et les amortisseurs d’autant. C’est une bonne nouvelle car c’est autant d’énergie dissipée, mais le point de la chaîne où vous avez frappé vos amortisseurs va avancer d’autant, et il faut s’assurer qu’il n’atteigne pas le davier d’une part, et que les amortisseurs ne reviennent pas tirer la base du guindeau vers l’arrière d’autre part, ce qui semble mission impossible, à moins que le guindeau soit en pied de mât – ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée par ailleurs, y compris pour ramener le poids de la chaîne au centre du bateau. En vrac, on pourrait :

  • prendre un bout moins étirable ou moins long, ce qui va à l’encontre du but recherché
  • aller en ligne droite jusqu’aux winches de génois, impossible sur Lucy à cause du rouf
  • tirer en ligne droite vers l’arrière, grâce à des anneaux de friction en pied de mât, puis vers les rails de fargues (autres anneaux), puis enfin vers les winches de génois. Les angles droits imposés par le trajet auront tôt fait d’arracher le rail de fargue
  • déplacer le guindeau et la baille à mouillage en pied de mât, comme sur les voiliers Boreal par exemple. Dans une autre vie !
  • Surveiller l’emplacement de la liaison chaîne-amortisseurs, et choquer ou border les deux bouts selon qu’elle est trop avancée ou trop reculée (notre choix pour l’instant)
  • Frapper les amortisseurs loin en avant du davier, et revenir aux winches en suivant le trajet des écoutes de spi, ce qui nécessite des amortisseurs vraiment longs si l’on ne veut pas raguer sur les flancs du voilier

Revenons à notre procédure de mouillage par gros temps : sitôt mouillés, nous gréons la main de fer de notre amortisseur « normal » tribord (car la chaîne passe à tribord de l’étai sur Lucy), et nous relâchons immédiatement le guindeau jusqu’à ce que la chaîne ne soit plus sous tension, ce qui propulse en général la main de fer en avant du davier au vu des forces en jeu . Ensuite nous frappons nos deux bouts de tempête avec des nœuds de bosse (cf la suite) que nous ramenons sur nos gros winches de génois. Enfin, nous lâchons la main de fer. Si le vent forcit trop, les noeuds de bosse iront raguer dans le davier, et il faudra reprendre quelques tours de winch. A l’inverse, s’il mollit, les deux bouts iront se mettre en tension sur la base du guindeau, et il faudra relâcher un peu. Bref, ce n’est pas idéal, mais nous n’avons pas trouvé mieux; nous sommes preneurs si vous avez des astuces !

Vérifiez que vous êtes bien accrochés

Une fois mouillé, il faut absolument vérifier que l’ancre est vraiment bien prise. On commence par mettre un grand coup de marche arrière jusqu’à ce que les amortisseurs s’étirent, et on vérifie à ce moment qu’on ne bouge plus (soit en alignant deux amers sur la côte, soit plus simplement au GPS). Ensuite, on se met rapidement à l’eau pour vérifier que l’ancre est bien enfoncée (idéalement, il n’y a plus que la verge qui dépasse). En cas de doute, on recommence, même si on a la flemme ! Il y a deux semaines, j’ai vu par hasard une vedette dont l’ancre était posée à l’envers dans le sable !

Oubliez les mains de fer quand ça souffle vraiment

Les mains de fer n’ont pas la résistance suffisante pour survivre aux forces en jeu. Certains modèles comme celui de Wichard (ci-contre) ne sont tout simplement pas assez résistants. Dans le pire des cas, vous devrez même y aller à la meuleuse pour les ôter de votre chaîne !

Utilisez plutôt un nœud de bosse, quitte à faire plus de tours que dans la version officielle. Le nœud de bosse est très facile à défaire sous tension, et adhère d’autant plus que le cordage à frapper est rugueux (et difficile de faire plus rugueux que les maillons d’une chaîne). 

Passez votre guindeau en 24 volts

Les guindeaux en 24 volts permettent de diviser par deux la section des câbles utilisés, point important vue l’intensité monstrueuse utilisée (parfois 150 ampères pour un modèle 12 volts !). Leurs moteurs ont aussi en général un peu plus de patate que leurs équivalents 12 volts. Par exemple, les Lofrans Tigre 1500W remontent 16m de chaîne de 10 par minute avec une traction maximale de 1400kg, contre 14m et 1350kg pour la version 12 volts.

Si votre voilier est équipé en 12 volts, vous avez deux options :

  • soit mettre une batterie de 24 volts (ou deux batteries de 12 volts en série) dans la soute avant, et charger l’ensemble avec un convertisseur 12->24 volts
  • soit installer deux batteries de 12 volts, avec un relais série/parallèle (comme c’est le cas sur Lucy, ci-contre). Quand il est éteint, les deux batteries chargent normalement en 12 volts. Quand il est allumé, les batteries ne chargent plus mais on a du 24 volts.

Utilisez un guindeau à axe horizontal

En dehors de la place prise sur le pont, l’axe horizontal n’a que des avantages. Il permet en vrac :

  • un accès plus simple à l’écubier, en particulier pour y placer un bouchon en navigation
  • d’éviter les bourrages en cas de chaîne mal orientée
  • l’utilisation d’une brinquebale pour remonter la chaîne en cas de problème électrique
  • l’utilisation d’une poupée pour reprendre les pendilles par exemple
  • d’éviter les problèmes d’étanchéité du moteur

Investissez dans une ancre nouvelle génération (Spade, Roxna, etc.)

Les ancres ont beaucoup progressé ces dernières années; investissez dans une ancre dernier cri, vous ne le regretterez pas – ou plutôt ce serait dommage de regretter de ne pas l’avoir fait. Pour le dimensionnement, les recommandations constructeurs correspondent à un vent « grand frais » (force 7 à 8 sur l’échelle de Beaufort). Si vous voulez pouvoir étaler de vraies tempêtes, prenez deux tailles au-dessus.

Ne mouillez pas aveuglément 3 fois la hauteur d’eau

Cet adage, maintes fois entendu, notamment aux Glénans, n’a aucun fondement raisonnable… Penser que la profondeur serait le seul facteur pertinent pour savoir combien mouiller est une drôle d’idée. Cela dépend de la houle, du vent attendu, des autres voiliers, etc.

D’abord, l’ancre n’a pas besoin d’être tirée horizontalement pour bien tenir. Vous pouvez facilement vous en convaincre en mouillant 3 fois la hauteur d’eau par temps calme, et en vous mettant au dessus de l’ancre avec un masque pendant un grand coup de marche arrière à 2500 tours). Dans du sable, avec notre Spade, ça ne dérape pas (au contraire, elle s’enfonce !). Vous pouvez aussi avancer sur l’ancre et reculer un grand coup pour prendre de l’élan. Là encore, avec notre ancre, pas de problème. Bien sûr, je pense qu’elle tient mieux a 4 fois la hauteur d’eau qu’à 3, mais pas dans les proportions qu’on imagine !

Ensuite, quand il y a vraiment du vent (disons 30 noeuds), le poids de la chaîne est vite négligeable, puisque la chaîne est quasiment tendue en permanence. L’énergie potentielle qu’elle pourrait absorber en devant complètement tendue est donc très faible. Là encore, on peut plonger pour s’en convaincre, mais c’est moins agréable par ce temps !

Ces deux avantages, qui sont réels mais à mon avis souvent surévalués, sont compensés par deux énormes inconvénients : l’augmentation du rayon d’évitement bien sûr, mais surtout augmentation de l’élan que prend le bateau dans les rafales avant d’être arrêté net par son mouillage. Avec la houle, ce dernier facteur est la cause principale de tension au niveau de l’ancre.

Le sujet est complexe et il n’y a pas de réponse unique, mais a minima, il semble plus logique de retenir qu’il faut mouiller au moins trois fois la hauteur d’eau (ou pour être plus juste la hauteur du davier par rapport au fond) pour garder un angle de tire correct sur l’ancre quel que soit le vent.

Et en pratique ? En général nous mouillons … trois fois la hauteur d’eau, voire quatre si il y a du gros temps de prévu (mais gare aux rafales). Avec un mouillage surdimensionné, ça suffit pour étaler du très gros temps, tant qu’il n’y a pas de houle.

N’allumez pas le moteur en marche avant pour soulager la chaîne en cas de vent fort

C’est une fausse bonne idée. L’apport du moteur est négligeable, sauf quand le bateau fait une embardée, et dans ce cas il est carrément nuisible (il aggrave l’embardée puisqu’il ne pousse plus dans l’axe). En revanche, en marche arrière, il évite que le bateau ne ré-avance trop sur son ancre et limite donc l’impact de la rafale suivante.

Peignez votre ancre

Cela vous permettra de l’identifier facilement au fond, en particulier dans les ports très encombrés de Méditerannée ou l’eau est souvent très claire. Certaines ancres (comme la Spade) sont livrées déjà peintes en jaune. Sinon, un bon seau de peinture orange fera l’affaire !

Soyez prêt à tout larguer

Si le pire arrive (par exemple un vent violent qui lève une houle trop violente pour le mouillage), la meilleure solution sera peut-être de partir en catastrophe vers le large. Il faut être paré à cette éventualité :

  • l’étalingure chaîne-coque (point d’attache de la chaîne au bateau) doit être largable facilement. Préférez une sangle ou un cordage à une manille ; de toute façon, en théorie, ce point ne sera jamais sous tension !
  • ayez un orin (pare-battage ou bouée colorée, avec le nom du bateau écrit dessus, attachée à un long bout à passer dans le dernier maillon de la chaîne) proche de la baille à mouillage, qui permettra de venir récupérer le mouillage une fois la tempête passée. Ça vous évitera de trop tergiverser au moment de laisser filer la chaîne…

Utilisez une alarme de mouillage

La plupart des GPS ont une fonction alarme de mouillage, bien utile pour être prévenu à temps si on dérape. Accessoirement, ça aide aussi à dormir plus sereinement. Attention aux applis sur téléphone portable qui sont souvent peu fiables.

N’oubliez pas votre boule et votre feu de mouillage

Partout où nous allons, nous constatons qu’un bon tiers des skippers ne se donnent pas la peine d’allumer leur feu de mouillage…. c’est vraiment hallucinant, d’autant que les feux à LED ne consomment rien et sont très abordables. Quant à la boule, elle ne sert pas à grand chose, mais sa présence enlève à votre assurance un prétexte facile pour ne pas vous couvrir en cas de problème.

Combien ça coûte ?

A titre purement indicatif, voici combien a coûté le « refit » de Lucy sur le sujet mouillage. Pas donné, mais notre tranquillité d’esprit est à ce prix !

Total3298€
Guindeau Lofrans Tigres 24V 1500W1020€
visserie inox, rondelles de nylon, plaque isolante en PVC expansé30€
Ancre Spade 35kg1020€
100m de chaîne de 10 en grade 70 (Chaineries Limousines)1090€
une manille grade 7043€
une wasi powerball (résistance 11 tonnes)322€
30m de trois torons polyamide diamètre 18200€
4 anneaux de frictions pour diriger les efforts des amortisseurs108€
3x 1m50 de cable électrique 35², un passe cable étanche (ça s'appelle un presse-étoupe !)40€
revente de l'ancien mouillage (Manson Supreme 60lbs, 50m de chaine de 10, 50m de cablot)-375€
revente de l'ancien guindeau-200€

A propos de Brann

Brann est maintenant marin débutant, globe-trotter débutant, et blogger débutant. Après 34 ans passés à Paris à faire de l'informatique, nouvelle vie, nous voici !


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12 commentaires sur “Dimensionner un mouillage pour la grande croisière

  • Damien, sur Yaga

    Article bien intéressant, merci.
    A bord de Yaga (parti il y a 2 ans de France, arrivé en Nouvelle Calédonie il y a 2 mois, via Panama), nous avons bien cogité aussi avant le départ sur la question du mouillage. Dur de se faire une opinion, on lit tout et son contraire…
    In fine nous sommes partis avec 40m de chaine et 60m de câblot, et une ancre neuve et surdimensionnée 2 fois.
    Nous mettons systématiquement 5 fois la hauteur d’eau, et nous tirons au moteur en arrière à 2500 tour à chaque mouillage pour vérifier que ça tient. Quite à remouiller 2 ou 3 fois, voire changer de mouillage si on ne trouve pas de coin où ça tient. En faisant cela nous n’avons pas dérapé une seule fois en 2 ans, même par gros temps. Mais nous restons attentifs, on sait bien qu’on dérapera un jour ou l’autre…
    Au bout de 2 ans, j’ai l’impression que le plus important c’est la qualité des fonds où on mouille, d’où l’importance de très bien choisir l’endroit où mouiller, et d’aller vérifier avec un masque et un tuba que l’ancre est bien entrée jusqu’aux oreilles, surtout si on sait que le temps va être gros, et ne surtout pas hésiter à déguerpir d’un mouillage qui ne tient pas.

    • Brann Auteur de l’article

      Je partage tout à fait cet avis, merci beaucoup pour ton commentaire 🙂 d’ailleurs, j’ai rajouté un paragraphe ci dessus pour en parler. Ca paraît être du bon sens, mais il faut évidemment toujours tester son mouillage ! A priori, une ancre surdimensionnée et bien enfoncée dans un sol de bonne tenue ne bougera pas, même dans un ouragan. Par contre, gare au câblot voire à la chaîne si il y a des vagues ! L’autre danger, ce sont les renverses, mais les ancres modernes se « resettent » en général très bien dans le sable.

  • Pierre-Olivier Vallès

    Bonjour Brann,

    Très bon post, plein de bons conseils!

    Sur Soledad (43 pieds, 13 tonnes en charge) nous n’avons pas été aussi loin, mais nous avons sérieusement ‘upgradé’ le mouillage lors de notre départ en mai dernier.
    Avant: 60m de chaîne de 10mm, ancre delta de 16 kg
    Après: 85m de chaîne Vigouroux (10mm, grade 40), ancre Rocna de 25kg, manille grade 70 de la Chaînerie Limousine.
    Nous avons deux mains de fer:
    – une de petit temps (jusqu’à 20 kt): bout de 14mm élastique (5m) + mousqueton de 12mm pour la chaîne et boulon à œil de 12mm sur l’étrave
    – une de gros temps: celle de Mantus Anchors. La main de fer est plus costaud que la chaîne (grade 40) et la brides dispose de 2 longueur de 7m en cablot de 19mm. Nous la passons via les chaumard ; à l’usage, il n’y a pas de ragage à ce niveau (plus sur l’étrave lors des rafales, mais c’est secondaire).

    Je suis adepte du « tout chaîne » + bout amortisseur.
    Notre règle de base est la suivante: minimum 35 m de chaîne, peu importe la profondeur (généralement entre 6 et 12m de fond si possible). Règle #2: suivant le vent, la houle, le type de fond et la place disponible, nous mettons entre 5 et 8 fois la hauteur d’eau.
    Nous n’avons jamais été gêné par la longueur de chaîne dans les rafales. Au contraire, le bateau « tire des bords » plus longs, ce qui laisse souvent le temps à la rafale de passer et aussi d’arriver plus tranquillement au « point de virement » – moins de charge dynamique sur la ligne. Et puis on est sur de ne pas « soulever » l’ancre.
    Pour le poids de l’ancre, nous avons suivi les recommandations de Rocna (qui sont plutôt généreuses). Rocna explique aussi que mettre plus que 8 fois la hauteur d’eau ne sert à rien (le bateau n’arrivera pas à soulever la chaîne jusqu’à l’ancre).

    Bien entendu, le type de fond est primordial.

    Après… chacun sa technique. En Italie nous en avons vu de toutes les couleurs. Si on est seul au mouillage, on peut être sur que le prochain qui viendra jettera son ancre sur la notre, avec généralement 1,5 fois la hauteur d’eau. En Italie, avoir l’ancre qui dérape semble normal 🙂

    • Brann Auteur de l’article

      Hello,

      Je vais regarder la main de fer de gros temps que vous utilisez, ça peut nous intéresser !

      Au sujet des rafales, je crois qu’on ne peut pas comparer des conditions de mouillages habituelles, avec disons moins de 40 nœuds de vent, où une bonne ancre et 4 hauteurs d’eau de chaîne tiendront de toute façon, à un mouillage vraiment apocalyptique avec par exemple des rafales à 80 noeuds.

      Nous n’avons (heureusement) encore jamais rencontré ce genre de conditions, mais à en lire ceux qui les ont vécues, et aussi les divers calculs qu’on peut faire (la force exercée par le vent varie avec le carré de la vitesse), j’ai l’impression qu’un voilier soulèvera aisément toute sa chaîne, et que le freinage brutal une fois la chaîne tendue risque de faire des ravages. En terme d’angle de tire de l’ancre, la différence entre 5 hauteurs d’eau et sept est de 4° (11° et 7°). Pas sur que ça change grand chose, d’où l’inutilité de mouiller trop long … mais comme tu dis, chacun sa technique, et en ce qui nous concerne nous n’avons encore aucune expérience de ces conditions … et nous avons vu comme toi pas mal de bateaux déraper au Sud de la Corse !

      Brann

      • Pierre-Olivier Vallès

        Salut Brann !

        On se prépare à un petit coup de vent aux Baléares, alors je repense à ton article, et je vois que tu m’as répondu 🙂

        Ici non plus, aucune expérience de mouillages apocalyptiques (je touche du bois), et on fait vraiment tout pour éviter ça: on navigue pour se mettre à l’abri hors des gros coups de vent, on sélectionne les mouillages pour leur fond et pour être sûr qu’on peut détaler en vitesse (et de manière sûre) en cas de pépin. Pour nous, laisser l’ancre et la chaîne pour détaler fait partir des possibilités ; c’est même davantage envisageable que de rester au mouillage par 60 nœuds.

        En ce qui concerne la longueur de mouillage: je reste convaincu que:
        – mouiller long ne peut pas faire de mal (sauf s’il faut tenter de remonter le mouillage à l’arrach’)
        – la différence de 4° que tu signales est loin d’être négligeable: cela permet de rester sous les 10° d’angle de tir sur l’ancre (10° c’est déjà beaucoup, et je crois que c’est la limite à partir de laquelle l’ancre ne travaille plus correctement et décroche)
        – le maximum de 8 fois la hauteur d’eau, c’est la longueur à partir de laquelle il devient très difficile de lever l’ensemble de la chaîne (hors conditions d’apocalypse ? :-).
        – je suis convaincu que la chaîne permet – avec suffisamment de longueur – de fournir une certaine « élasticité »: plus la longueur est importante, plus la force nécessaire pour soulever la chaîne devra être importante, et plus la durée de la traction devra être importante: c’est ce qui permet d’étaler les rafales.

        Bien sûr, il y a beaucoup de théorie et de croyances vodou la dedans (et un peu de vécu), mais ce qui est sûr, c’est que:
        – il faut limiter l’angle de tir sur l’ancre – sinon elle décroche
        – il faut de l’amortissement dans la ligne par la longueur du bout sur la main de fer (et aussi par la longueur de chaîne – c’est ma conviction) – sinon on casse tout

        On vous souhaite plein de bons mouillages sans trop de vent !!
        Nous commençons notre descente vers le sud de l’Espagne.

        À bientôt !!
        Pierre-Olivier et Cie.

        • Brann Auteur de l’article

          Hello 🙂
          Bon, je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi.

          J’ai déjà eu l’occasion de le constater en plongeant sur ma Spade au moment ou Sarah donnait un grand coup de marche arrière (2500 tours) avec seulement 3x la hauteur d’eau en chaîne : sous l’effort, l’ancre s’est enfoncée plus profondément, et n’a plus bougé ensuite.

          Je pense aussi que le poids de la chaîne devient rapidement négligeable sans avoir besoin d’un Ouragan. Dès que ça souffle un peu (disons 30 nœuds établis, ce qui nous est arrivé trois fois cet été en Corse), la chaîne est quasiment tendue en permanence, et donc l’énergie potentielle qu’elle peut accumuler en devenant totalement tendue est très faible.

          A mon avis, la clé du truc, c’est que le fait de laisser le bateau prendre beaucoup d’élan a un effet énorme sur les forces en jeu, alors que le poids de la chaîne est moins important qu’il n’y parait, et que les quelques degrés de variation sur l’angle de tire de l’ancre sont négligeables tant que la valeur reste faible.

          Je suis d’accord avec toi sur la nécessité d’un amortisseur textile de plusieurs mètres, c’est à mon avis le plus important et de loin en conditions « normales »

          A+
          Brann

  • Michel

    En effet, ton article est très intéressant, je suis d accord avec « pratiquement » tout, juste un truc qui me chiffonne, une ancre Spad de 35 Kg me semble quand même surdimensionnée, il est évident qu’il vaut mieux 5 kg de trop, que 5 kg qui manque !!!
    mais ….
    Nous avons un 45 pieds, et est fourni d’origine une Delta de 20 kg , je compte bien passer chez Spad en 25 ou 30 kg , mais plus ? qui plus est, dans ton bac a ancre, 100 m de chaîne de 10 a 2,25 Kg le mètre , + 35 Kg d’ancre, soit plus de 250 Kg uniquement sur l’avant du bateau, si tu rajoutes l’ancre supp, et différent truc , ça va te faire un poids énorme quand tu plonges dans une vague !!!
    qu en penses tu ?

    sinon, continuez vos articles, nous nous faisons un plaisir de vous lire
    nous serons en Corse en Aout, si jamais on se croise !!!

    Michel et So

    • Brann Auteur de l’article

      Bonjour,

      D’une manière générale, les recommandations des fabricants s’entendent en conditions « normales », cad force 7-8 max. Avec 25kg, on aurait été dans la limite haute de la plage d’utilisation recommandée par spade (<18m et <16 tonnes). Etant donné qu'on fait 15 tonnes et qu'on veut pouvoir mouiller sereinement même si ça souffle très fort, on est content d'avoir pris 35kg).

      Le poids supplémentaire pour nous est négligeable (10kg de plus ou de moins dans l'ancre ne changent pas la donne pour un voilier de 15 tonnes). Evidemment, si on rajoute la chaîne, ça commence à faire, d'où l’intérêt des bailles déportées en pied de mat. De notre côté, on a fait le choix d'un voilier de voyage qui n'est pas performant au près, avec les avantages et les inconvénients... On préfère arriver une heure plus tard mais dormir sur nos deux oreilles ... c'est sûr que les conseils prodigués ici ne s'appliquent pas dans le cas d'un voilier de régate !

      On est aussi en Corse, notre position est mise à jour en temps réel ici, n’hésitez pas à nous faire signe si vous passez proche de nous !

      Brann